►Montherlant - Le Film

 

HENRY DE MONTHERLANT

 

 

* Il y a eu trois passions dans ma vie :

la passion de l’indépendance,

la passion de l’indifférence,

et la passion de la volupté.

Le bonheur de sentir que l’on garde jusqu’au bout
cette passion de l’indifférence.

Voir les êtres, les sujets, les problèmes s’éteindre en vous,
l’un après l’autre,

comme des lumières, la minuit passée, s’éteignent une à une dans une ville.

Murmurer : « Il commence à se faire tard en moi… »

(Explicit mysterium, 1930)

 

* L’intelligence, l’héroïsme, l’ambition, la poésie, l’art, le travail,

tout cela est bien quelque chose.

Mais tout cela pour moi est secondaire –résolument secondaire-

auprès de ce que j’ai toujours nommé et nommerai toujours

le Souverain Bien, qui est d’aimer quelqu’un.

L’intelligence, le travail, etc., pourraient manquer à ma vie,

elle n’en serait que plus ou moins réduite.

S’il y manquait d’aimer quelqu’un, elle serait tuée.

Quant à être aimé, non seulement cela n’est pas utile,

mais presque à coup sûr c’est un malheur.

Il faut bien dire que c’est un des risques que l’on court en aimant.

(Explicit mysterium)

 

* Le plaisir, c’est toujours sur lui que j’ai mis la main dans les tourmentes,

comme sur des papiers quand le vent s’élève.

Que le reste s’envole ! Un réflexe constant et incoercible.

Plus que le goût du sacrifice, plus que l’inspiration, plus que la pitié,

plus que la douleur, plus que la musique,

c’est la force de la sensation qui m’a soulevé de terre,

comme l’amour mystique soulevait de terre les saints,

et m’a fait regarder, par instants, par-dessus le mur.

C’est elle qui m’a fait devenir, par instants, autre chose que moi-même.

C’est elle ma valeur.

Avec quelle force et (moi si mobile) avec quelle constance - depuis toujours, - cela, je le sais !

 

Nu sur le lit, après la volupté,

un corps nu en travers de mon bras gauche allongé,

corps puissant, à l’odeur de racine, dont je sentais les grandes masses,

comme une statue tombée de son socle,

c’est alors que je faisais mes pensées et mes songes,

et ils s’en allaient de moi comme des armées.

Quelque temps j’en étais le maître.

Mais bientôt leurs pointes m’échappaient,

se perdaient dans un territoire d’ombre.

(Explicit mysterium)

 

 

* Il faut d’abord savoir ce qui est nous.

Il faut discerner une bonne fois ce qui compte et ce qui ne compte pas,

aller à l’unum necessarium, nous y concentrer, le défendre,

en abandonnant tout le reste :

rien n’est plus sage que le geste d’abandonner des positions.

(Service Inutile)

 

* La grande affaire est de connaître le principe qui doit dominer,

de le maintenir, et, autour,

de garder tout en composant tout.

(Les Olympiques)

 

* L’intelligence isole. L’indépendance isole.
La franchise isole. Le courage isole. La sagesse isole.

Il y a des heures où nous sentons notre singularité sur nous comme une lèpre ;

oui, dans la foule comme un lépreux…

(Un Voyageur solitaire est un diable) 

 

* Ce n’est pas commode d’aimer les hommes.
Et c’est bien curieux que chaque fois

- chaque fois –

qu’on a un peu de générosité ou de gentillesse envers eux,

ils vous en punissent,

comme automatiquement,

ceci sans une exception.

Mais les bêtes vous consolent. »
(Une Heure avec Henry de Montherlant, Frédéric Lefèvre)

 

 

* Parfois il me semble que tout ce qu’il y a en moi

se passe si loin de toute compréhension humaine…

(Le Maître de Santiago)

 

* On ne comprend rien à la vie, tant qu’on n’a pas compris

que tout y est confusion

(Les Célibataires)

 

* Quand on voit ce que sont les hommes,

comme c’est bien,

d’être vaincu !

(Malatesta)

 

 

 

Henry de Montherlant – Le Film

 

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