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 « Montherlant a toujours nourri dans son cœur une passion totale

qui l’unit à un adolescent de treize à quatorze ans. »

Des années de collège où cette passion prit forme et cristallisa,

au suicide de 1972, la vie d’aventurier d’Henry de Montherlant,

tour à tour Don Quichotte, Wotan et Minotaure,

hanté par sa jeunesse, les garçons, les taureaux,

et la poursuite du bonheur.

 

 

 

 

 STRUCTURE

 

 

La construction du scénario repose sur l'analogie vue par Montherlant
entre sa vie et celle d'un taureau de combat,
dans les 15 minutes qui séparent

son entrée dans l'arène de sa mise à mort :

 

 

TERCIO I :

le taureau est levantando :

fier et ne doutant de rien

 

TERCIO II :

il est parado :

Arrêté :

il a reçu un coup d'arrêt -le taureau subit le coup de pique qui l'affaiblit.

 

TERCIO III :

il est aplomado :

alourdi, ahuri par les piques et les banderilles
et par toutes les feintes où il a donné tête baissée.

 

 

 

 

Filmés intégralement, en temps réel,

à l’occasion de la découverte de la corrida par le jeune Montherlant, quatorze ans,

et présentés chacun avant les trois phases correspondantes de sa vie,

les trois tercios des séquences I, V, XIII,

sont mis en scène chaque fois d’un point de vue différent,

illustrant l’une des trois relations : personnelle, sociale, cosmique.

 

Tercio I : la corrida drame social.

La corrida dans sa dimension première, spectacle offert à la foule.

Taureau et torero semblent des pantins,

jetés en pâture à une foule avide de sensations vécues par procuration, sans risque pour elle.

 

Tercio II, séquence V : la corrida drame cosmique.

La foule à son tour, d’acteur et manipulateur, devient pantin.

Le drame se joue ailleurs.

C’est le fond mythologique et cosmique de la corrida,

« aussi vieille que les hommes » selon Nietzsche.

L’enjeu est la rivalité de l’Ombre et du Soleil,

représentations symboliques du Bien et du Mal,

mais dépassant ce cadre moral.

Le taureau, fils du Soleil, est aussi son rival,
représentant du monde des Ténèbres.
C’est le monstre à abattre pour assurer la suprématie de l’Ordre sur le Chaos.

En habit de lumière, le torero représente le Soleil, qui lui-même,

au-dessus de l’arène, assiste au spectacle.

 

Tercio III, séquence XIII : la corrida drame personnel.

Le drame se resserre.

Conformément à l’esprit de Montherlant, le degré le plus haut, ultime,

est humain, personnel, et non social ni cosmique.

Tout vient des êtres, et finit avec eux, par eux.

La mise en scène du tercio III privilégie cette relation personnelle d’être à être,

le corps à corps vital et érotique qui réunit taureau et torero.

 

 

Simplifié en 14 grandes séquences, la structure du film est ainsi :

 

 

 

I

 

CORRIDA TERCIO I

 

 

1909

 

BAYONNE

 

II

 

L'AMOUR FOU

 

 

1909

 

NEUILLY

 

III

 

LES TAUREAUX II

 

 

1911

 

ESPAGNE

 

IV

 

L'AMOUR GRAVE

 

 

1911

 

NEUILLY

 

V

 

CORRIDA TERCIO II

 

 

1909

 

BAYONNE

 

VI

 

LE STADE

 

 

1924

 

MONTROUGE

 

VII

 

UN COMPAGNON D'EXIL

 

 

1925

 

MARSEILLE

 

VIII

 

LES TAUREAUX III

 

 

1925

 

ESPAGNE

 

IX

 

LES 400 COUPS

 

 

1925

 

ESPAGNE

 

X

 

L'ILE DE LA FELICITE

 

 

1929

 

ESPAGNE

 

XI

 

LES JEUNES FILLES

 

 

1934

 

PARIS

 

XII

 

 

LE DERNIER ROUND

 

 

1969

 

PARIS

 

XIII

 

 

CORRIDA TERCIO III

 

 

1909

 

BAYONNE

 

XIV

 

LA DERNIERE ISSUE

 

 

1972

 

PARIS

 

 

L'approche n'est pas celle d'un documentaire reconstituant la vie,

mais d'une oeuvre de fiction inspirée de faits réels.

 

Le sujet du film est au moins autant les êtres

rencontrés par Montherlant que Montherlant lui-même.

"Tout vient des êtres" aimait-il à répéter.

 

De là l'organisation temporelle du récit, relativement linéaire,

accompagnant la découverte des êtres et s'attachant à eux,

plutôt que tournoyante autour de Montherlant en des va-et-vient temporels.

(Situation différente d'un film comme CItizen Kane,

centré sur son personnage et cherchant sa vérité.)

 

Le film suit Montherlant-aventurier, non Montherlant-écrivain.

Il n'aborde pas la question de la création littéraire.

 

Montherlant y apparaît surtout dans sa jeunesse, et les cinq années d'errances,

de rencontres et d'aventures autour de la Méditerranée,

puis les dernières années parisiennes.

 

Montherlant a :

 

14-16ans,

 

29-38ans,

 

74-77ans.

 

Entre, de larges ellipses, qui ne seront pas comblées :

 

"...les cavaliers du Parthénon, par places de grandes blessures
dans le marbre les effacent, les font disparaître;
ensuite ils reparaissent.

On ne déplore pas ces pans d'absence.
On tient qu'ils sont la place du rêve."

(Les Garçons, 1969)

 

 

 

 

Cette structure vaut pour le scénario.

Face aux éléments filmés, au temps du montage,

elle pourra être modifiée, assouplie ou complexifiée,

notamment pour ce qui est du choix de l'organisation temporelle du récit

(plus ou moins linéaire et fidèle à la chronologie réelle),

qui ne sera définitif qu'alors.

 

L'efficacité concrète prévaudra, et non la fidélité à un schéma préconçu,

s'il s'avère inopérant ou maladroit.

 

Les photos présentées sur le site, tirées d'archives,

n'ont qu'une valeur documentaire sur Montherlant.

Elles ne reflètent pas ce que sera l'univers visuel du film.

 

 

 

Henry de Montherlant – Le Film

 

http://www.montherlant.org

 

© 2004 – Axel Karakartal – MSN : ak@cinematographie.org